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[1832] Visite à bord du HMS Warspite

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Le dimanche 1er juillet 1832, Charles Darwin assiste au service divin à bord du HMS Warspite . Une cérémonie impressionnante en raison des 650 hommes d'équipage parfaitement disciplinés alors qu'ils entonnent le God Save the King . Une fois l'office passé, Darwin est convié à visiter le navire de ligne. Cet impressionnant bâtiment de 76 canons lancé à Chatham en 1807 servit durant les Guerres Napoléoniennes, et notre jeune homme ne peut s'empêcher de gonfler son cœur de fierté patriotique en visitant ses ponts. Mais agréable surprise, deux officiers à bord sont amateurs d'Histoire naturelle. Darwin en profite donc pour converser avec eux. En retour, ils lui présentent leurs modestes collections botaniques et ornithologiques. L'orchestre du HMS Warspite offre également une agréable surprise à l'équipage, en jouant l'Ouverture de Figaro , de Sémiramis et du Barbier . Les "hits" du moment en quelque sorte. Darwin est ravi, durant sa jeunesse son ...

[1832] Quelques nouvelles de la Réforme

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Le 29 juin 1832, Darwin nous livre quelques commentaires politiques issues du courrier qu'il reçoit par Paquebot à Rio de Janeiro. Les nouvelles, qui datent pour les plus récentes du 20 mai dernier, relatent alors la question de la Réforme.  «  L'éloignement dans le temps et dans l'espace éteint le vif intérêt que je portais à la Politique et aux journaux  » commente-t-il dans son Journal de Bord . Pour autant, attardons-nous quelques instants sur cet événement, car il place aussi le Voyage de Darwin dans son contexte politique contemporain. Cet épisode politique du XIXème siècle visant à changer certaines aberrations du système électoral anglais nous est mal connu en France. Pourtant, ce fut une avancée significative dans la démocratie anglaise. Mais qu'en est-il plus exactement ? La polémique éclate au cours du XVIIIème siècle, alors que le découpage électoral en "comptés" ruraux et "bourgs" urbains datant du XVIIème siècle est désormais dépassé pa...

[1832] Un prochain départ du Brésil

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L'aventure brésilienne du Voyage de Darwin touche à sa fin. Le 19 juin 1832, le HMS Beagle mouille au port de Rio de Janeiro. Depuis quelques jours, il est de retour de sa mission cartographique au large du Brésil. Le capitaine FitzRoy en profite pour réapprovisionner les cales en provisions. L'équipage change partiellement, les effectifs sont renforcés. Au grand désarroi de Darwin qui ne retrouve plus certaines têtes familières de la traversée de l'Atlantique. Il est aussi question de renforcer l'armement du Beagle, l'équipage du HMS Warspite qui mouille aussi à Rio confectionne des seines et des filets d'abordage. FitzRoy craint quelques échauffourées en mer alors qu'il s'apprête à descendre vers le Sud, dans des eaux territoriales de nations alors en conflit ou en instabilité politique. Le 25 juin 1832, Darwin enchaîne les promenades "d'adieu" au Brésil. Il parcourt Lagoa, qui est de nos jours un quartier très huppé situé au SW de la b...

L'armement naval du HMS Beagle

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Le 26 juin 1832, Darwin se prépare au proche départ du HMS Beagle . L'équipage est en partie renouvelé. A son grand désarroi, car Darwin s'était habitué à ne croiser à bord que des têtes familières. Il lui faut également se réhabituer aux rythmes de vie du navire, après ces semaines passées à terre. Mais d'autres changements marquent aussi l'attention de Darwin, et notamment ceux apportés à l'armement naval du navire. «  Il y a eu plusieurs modifications sur le navire ; entre autres nous avons deux longs canons de neuf [livres] , ce qui nous rendra beaucoup plus indépendants  » Charles Darwin, Journal de Bord . Le Capitaine FitzRoy craint-il pour la sécurité de l'expédition alors qu'il prévoir de faire voile vers le Sud ? Cela semble le cas, et non sans raisons, comme nous allons le voir ci-dessous. En tant que Brick-sloop de classe Cherokee , le HMS Beagle possédait initialement 10 pièces d'artillerie. Mais une fois démilitarisé et converti en navir...

[1832] Attention aux stipes de palmier !

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Le 18 juin 1832, Darwin accompagne son ami l'aspirant King à la chasse dans la forêt brésilienne, aux alentours de la baie de Botafogo. King enchaîne les tirs sur les oiseaux forestiers. Mais très vite, Darwin se désintéresse du gibier pour collecter des insectes. Devant un palmier impressionnant, Charles tente d'estimer son âge par dendrochronologie en examinant sa tige ligneuse, ou stipe en botanique. A partir de ce comptage, il propose 305 ans. Hélas pour lui, les stipes ne peuvent pas être confondus avec les troncs des arbres ou arbustes. En effet, chaque cerne apparente ne correspondant pas à une croissance végétale mais à un emboitement des gaines foliaires coriaces du palmier ! En raison de cette fâcheuse confusion, son estimation est donc complètement fausse. N'oublions pas qu'à l'époque, le palmier était un végétal exotique parfois mal connu des naturalistes européens. Darwin, qui durant ce voyage était moins porté sur la botanique, risquait donc de commett...

Darwin et l'Orientalisme

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Le 16 juin 1832, visite de la la cascade de Taunay. «  Sur la route, le paysage était très beau ; surtout la vue lointaine de Rio. En tant que sultan dans un sérail, je m'endurcis à la beauté  » Charles Darwin, Journal de Bord . La métaphore du sérail fait écho à l'orientalisme, mouvement littéraire et artistique né un siècle plus tôt en Europe. Ou pour être précis, il est possible que Darwin fasse ici allusion à une image populaire mais fantasmée du haremlik ottoman. La fascination pour l'Empire Ottoman remonte bien avant XVIIIème siècle. Cependant, les fameuses "turqueries" apparaissent au sein de l'élite intellectuelle occidentale durant le siècle des Lumières. L'attrait pour l'orientalisme se renforce au cours du XIXème. Elle puise notamment son inspiration dans l'expédition napoléonienne en Egypte, la guerre d'indépendance grecque, ou plus largement la colonisation européenne du Maghreb et du Moyen-Orient. Les lois ottomanes interdisaien...

[1832] Ambiances sonores de la faune brésilienne et pensées naturalistes

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Dans ses Notes Zoologiques , Charles Darwin décrit ses impressions générales concernant cette forêt tropicale Atlantique qu'il explore avec passion entre mai et juin 1832 tout autour de Rio de Janeiro et de son domicile temporaire de Botafogo. Ce milieu tropical si dépaysant pour un gentleman anglais n'a de cesse de se jouer de ses repères naturalistes. Pour l'explorer, il lui faut donc, de son propre aveu, inspirer au plus grand degré de prudence avant de poser toute conclusion scientifique sur ses observations. La Baie de Botafogo - Johann Moritz Rugendas (1820) Mais le plus déstabilisant, se confie-t-il, demeure peut-être le maigre spectacle qu'offrent au naturaliste les oiseaux de ces milieux tropicaux. S'ils sont innombrables de par leurs cris et chants incessants, ils restent le plus souvent dissimulés dans le couvert végétal. Seul un oiseau apparenté aux Krotophagus ( Crotophaga ani ?) aurait été observé chantant de manière fort mélodieuse. Aussi Darwin rest...

[1832] Les Corallines et leur surprenant micro-écosystème marin

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La journée du 8 juin 1832 est consacrée à la collecte des algues encroûtantes des rochers de Botafogo. Pour ce jour l'entrée du Journal de Bord se limite à la simple phrase «  Ramassé quelques Corallines sur les rochers qui entourent la baie de Botafogo  ». Les Notes Zoologiques sont fort heureusement pour nous beaucoup plus prolixes sur le sujet. Exemple de Corallinales du genre Amphiroa sp. Mais que sont les Corallines ? Il s'agit d'algues rouges ou Rhodophycées formant des structures minérales encroûtées ou des thalles rigides en raison de la forte teneur en calcaire (calcite) de leurs parois cellulaires. L'ordre des Corallinales appartient lui-même à la classe des Florideophyceae. Ces algues sont d'une grande importance dans les milieux côtiers tropicaux, puisqu'elles participent à la formation des récifs coralliens. De plus, ces algues rouges encroûtantes seraient apparues au moins depuis le Cambrien (il y a environ 600 Ma) où elles contribuèrent à la for...

[1832] Une partie de chasse dans la jungle brésilienne

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Le 4 juin 1832, Darwin se lève à 4 heures du matin pour une invitation de chasse dans une propriété forestière privée. Son hôte est un vieux prêtre fortuné, accompagné de son son garde-chasse et valet noir. Il s'agit d'un ancien courtisan de la maison impériale brésilienne, qui vit désormais des jours paisibles entre Rio de Janeiro et sa maison de campagne. C'est depuis ce cottage que le jeune Darwin doit rejoindre à une partie de chasse au cœur la jungle tropicale. Arrivés à cinq heures sur le lieu de rendez-vous, ils rejoignent alors un second prêtre. A croire que la chasse constitue à l'époque un loisir ordinaire du clergé brésilien. Johann Moritz Rugendas - Rio Paraíba do Sul (1820-1825) Des compagnons de chasse de Darwin, nous ne saurons ni leur nom, ni leur nombre. En réalité, seuls les noms des chiens de chasse de son hôte attirent son attention. «  Me suis levé à 4 heures pour aller chasser : la personne qui garde les chiens est un prêtre et un doyen. — la meute...

Léonard Darwin et le Transit de Vénus

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Le Siècle des Lumières fut aussi marqué par la première grande coopération scientifique internationale, le suivi du Transit de Vénus entre les 3 et 4 juin 1769. Cet événement astronomique, alors visible dans sa totalité le long de l'océan Pacifique occidental, de la moitié orientale de l'Asie jusqu'en Alaska, était considéré comme un événement scientifique majeur. En effet, son suivi précis par différents observateurs répartis autour du monde permettait, à condition de mesures précises, de calculer la valeur d'une unité astronomique (U.A.), soit la distance de la Terre au Soleil. Fruit d'une coopération politique et scientifique sans précédents, le Transit de Vénus fut observé 151 fois depuis 77 positions géographiques différentes. Si nous connaissons le premier voyage réussi du capitaine Cook à Tahiti, d'autres expéditions connurent hélas moins de succès. Ce fut le cas de l'astronome français Guillaume le Gentil, ayant raté le Transit de 1761, parvint péni...

Darwin et le Livre des Couleurs

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Pour rédiger ses descriptions naturalistes, Darwin emploie un champ lexical des couleurs particulièrement varié et précis. Son secret ? Il possède à bord du Beagle un ouvrage de référence pour les teintes de couleur : la Nomenclature des couleurs de Werner . Cet ancêtre du nuancier Pantone n'était pas qu'un simple ouvrage de teintes de couleurs. Mieux que cela, il s'agissait d'un livre détaillé de chaque nuance de couleurs utilisable pour les scientifiques, naturalistes et anthropologues du XIXème siècle. «  Je n'ai jamais observé un tel ciel en Angleterre. La couleur était 'gris français' avec un peu de bleu Prussien. Le ciel au zénith était 'ultra-marine' et 'fleur de lin bleue'. Le baromètre a chuté ce matin. Mais dans la même période, la sécheresse de l'atmosphère a considérablement augmenté  » Notes Zoologiques , Charles Darwin. Son créateur Abraham Gottlob Werner était un minéralogiste de la fin du XVIIIème siècle qui souhaitai...

[1832] Une visite au jardin botanique de Rio de Janeiro

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Le 27 mai 1832, Darwin visite le Jardin Botanique de Rio de Janeiro. Et il faut croire que le jeune naturaliste fut d'abord déçu par sa visite. «  Allé au Jardin Botanique, ce nom a dû lui être attribué plus par courtoisie que pour toute autre raison, car en réalité c'est uniquement un lieu de distraction  » Charles Darwin, Journal de Bord . Pire encore, Darwin était impatient de visiter les quelques acres d'arbre à thé ( Melaleuca alternifolia ) plantés dans le Jardin. Mais il n'y trouva que quelques arbustes insignifiants, dont les feuilles produisaient un très mauvais breuvage. Or pour un anglais, on ne plaisante pas avec le thé ! Heureusement, le Jardin Botanique de Rio de Janeiro alors ouvert au public depuis 1822 présente d'autres charmes auquel notre jeune naturaliste fut sensible. Déjà réputé pour ses travaux d'acclimatation des plantes tropicales, le Jardin permet d'admirer camphriers, sagoutiers, canneliers, girofliers et poivriers. Aussi dans son...

[1832] A l'ascension du Corcovado, symbole brésilien des horreurs de l'esclavage

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Impossible de rater le Corcovado pour le voyageur arrivant à Rio de Janeiro ! Ce pic granitique, culminant à 710 mètres d'altitude et sur lequel se dresse l'impressionnante statue du Christ Rédempteur (1931), fut dès le XIXème siècle déjà un paysage tropical popularisé par les gravures d'époque. Aussi Darwin, dont la résidence brésilienne de Botafogo se situe trois kilomètres en contrebas du pic vertigineux, ne pouvait qu'être tenté par l'ascension du célèbre sommet. Le 25 mai 1832, il se lance donc dans cette excursion, accompagné de l'artiste-peintre Augustus Earle et de Derbyshire, le sous-lieutenant récemment déchargé à sa demande de ses fonctions à bord du HMS Beagle . L'excursion leur prend la journée entière. Un petit chemin quitte Botafogo et longe l'aqueduc qui alimente Rio en eau potable, puis serpente patiemment jusqu'au sommet du dôme granitique. L'ascension ne nécessite pas de compétences en alpinisme, Darwin note dans son Journal ...

Darwin et le Voyage du Commodore Anson

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Le 22 mai 1832, Darwin note dans son Journal de Bord : «  Je viens de finir le voyage d'Anson. Le plaisir que j'éprouve à lire de tels ouvrages est au moins triplé par le fait que je m'attends à voir certains des lieux décrits et que j'ai quelques connaissances de la mer  ». Il fait alors référence au " Voyage autour du monde " de George Anson, ouvrage fort célèbre au XIXème siècle qui relate la téméraire expédition autour du Monde que réalisa l'escadre placée sous les ordres du Commodore entre 1740 et 1744. Cet épisode aujourd'hui oublié de nos contemporains se déroule durant la fameuse Guerre de l'oreille de Jenkins (1739-1748). Ce conflit hispano-britannique débute par l'improbable casus belli de l'oreille du capitaine contrebandier anglais Jenkins, qu'un capitaine de vaisseau espagnol lui trancha. Ce prétexte dérisoire n'est qu'une excuse pour intervenir militairement face aux tensions commerciales entre la Grande-Bretagne...

[1832] Darwin et la gourmandise des fruits tropicaux

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Le 23 mai 1832, Darwin prospecte les alentours de la baie de Botafogo, lieu de sa résidence brésilienne. Il en profite pour visiter des plantations de fruits tropicaux dont il raffole. «  Le sol ici étant débarrassé des cactus et buissons, les plantations d'ananas couvrent de nombreux acres. Ils sont cultivés en rangées droites, bien séparés les uns des autres  » C harles Darwin , Journal de Bord . L'agronomie faisait partie des centres d'intérêt scientifiques de Darwin, qui se pencha au cours de sa carrière scientifique aussi bien sur les bases de la sélection variétale en agriculture que sur la formation du sol. De plus, Darwin adorait les fruits tropicaux et méditerranéens. Dans son Journal de Bord , il relate avec délice les oranges, noix de coco, bananes ou ananas qu'il dévora avec gourmandise durant les étapes tropicales de son voyage autour du monde. A une époque où le transport réfrigéré de denrées alimentaires n'existe pas encore, les fruits tropicaux repré...