Articles

Affichage des articles du 2026

De la structure et répartition des récifs coralliens

Image
 Les escales du Beagle aux îles Keeling et Maurice jouèrent un rôle déterminant dans sa conception d'un modèle dynamique de la croûte terrestre. Si la géologie et la paléontologie de l'Amérique du Sud lui apportèrent l'évidence d'un soulèvement continental, les récifs coralliens lui suggérèrent un affaissement de la croûte océanique. Le modèle global en devint encore plus pertinent, puisqu'en un seul Voyage il avait découvert une bascule entière de l'écorce terrestre ! L'ensemble des observations insulaires, ainsi que la compilation de documents naturalistes, océanographiques et leur interprétation scientifique déboucha à la parution de l'ouvrage " The structure and distribution of coral reefs " (1842), le premier des trois grands ouvrages de géologie appliquée qu'il publia durant la décennie 1840. Alors que le titre suggère plutôt une étude de ces polypes cnidaires, il s'agit avant tout pour Darwin d'utiliser ces indices biologi...

[1836] Le Naturaliste et l'Empereur

Image
Le 8 juillet, le HMS Beagle arrive en vue de l'île de Sainte-Hélène, forteresse paradisiaque perdue dans l'Atlantique. Aux coulées massives de lave noire se mêlent fortins et batteries de canons, comme si la nature elle-même avait voulu renforcer les défenses naturelles de la prison anglaise ! Car pour Darwin, il ne peut s'agir d'une simple possession anglaise. Devant lui se dresse, aussi sinistre qu'imposante, la dernière demeure du tyran français contre lequel l'Europe toute entière se ligua ! Convenons bien d'une chose, les guerres napoléoniennes ont peut-être laissé un sentiment de roman national dans le cœur des français, il n'en est rien pour les autres peuples européens, et notamment les Anglais qui célèbrent encore aujourd'hui avec ferveurs leurs deux victoires décisives navale (Trafalgar, 1805) et terrestre (Waterloo, 1815). Durant le Second Voyage du Beagle , en pleine décennie 1830, le souvenir de ce conflit est extrêmement vif. Bon nomb...

[1836] Arrivée au Cap

Image
Le 1er juin 1836, le HMS Beagle dans la baie de Simons mouille devant le port éponyme de Simons Bay, ce qui permet à Darwin de mettre pied à terre. Se procurant un cabriolet, il entame la traversée jusqu'à la ville du Cap, distante de 35 kilomètres. Le climat tempéré de l'Afrique du Sud en fait une escale fort appréciée des passages sur la route des Indes, aussi l'arrivée de plusieurs navires a saturé les hébergements possibles et Darwin doit se rabattre sur une chambre d'hôtes. Le 2 juin, visite de la ville du Cap. La ville l'intéresse assez peu, tout juste en décrit-il l'article habituel : géographie, démographie, économie. Les alentours n'offrent qu'un intérêt moindre aussi, et sa fibre naturaliste demeure en sommeil durant ce séjour. Le 4 juin, «  j'étais parti pour une courte excursion pour voir la région avoisinante mais j'ai vu si peu de choses dignes d'intérêt que je n'ai presque rien à dire  » Charles Darwin, Journal de Bord ....

[1836] Darwin à l'île Maurice

Image
Le 29 avril 1836, le HMS Beagle arrive à l'île Maurice. Le paysage tropical ravit nos explorateurs. Peu après midi, le brick-sloop mouille à Port-Louis. Bien que l'île est gouvernée par les Anglais, le français demeure la référence linguistique et culturelle dans les foyers comme pour les commerçants. Culture, arts, civilisation, l'escale enchante Darwin. La population use allègrement de la main d’œuvre bagnarde indienne, sans que cela ne semble choquer quiconque. Ainsi va le monde, s'il n'est esclavagiste, il use de système judiciaires ultra-répressifs. Darwin s'intéresse comme à son habitude à la géologie volcanique de l'île, et grimpe les sommets insulaires avec un plaisir non dissimulé. Notre jeune homme ne peut s'empêcher de comparer l'île, prise voici 25 ans, avec sa voisine française de Bourbon, selon lui bien moins gérée et bien moins prospère ! Il sympathise également avec le Capitaine Lloyd, l'hydrographe général, qui les invite lui e...

[1836] La beauté sauvage du lagon

Image
Le 4 avril 1836, Darwin poursuit sa visite de l'atoll des îles Coco. Poissons, zoophytes, Crustacés, la nature lui offre le spectacle enthousiasmant «  des quantités infinies d'êtres organiques dont regorgent les mers des Tropiques  » Charles Darwin, Journal de Bord . Le 6 avril, excursion avec le Capitaine FitzRoy autour du lagon. Des hommes chassent la tortue à bord d'une pirogue. A l'extrémité de l'île accostée, l'océan déferle en brisants sur la côte sauvage du solide plateau de roche corallienne. «  L'océan qui projette ses vagues par-dessus le large récif semble un ennemi tout-puissant et invincible, pourtant on voit bien qu'il est tenu en échec et même vaincu avec des moyens que l'on aurait estimés très faibles et totalement inefficaces  ». Darwin fait ici référence au récif de corail séparant l'océan du lagon, véritable barrière naturelle érigée par de minuscules organismes marins ! Cette merveille naturelle fascine notre jeune naturalis...

[1836] Arrivée dans les îles Coco

Image
Le 1er avril 1836, point de mauvaise blague à bord du HMS Beagle qui arrive en vue des côtes méridionales de l'île Keeling. Il faut parler de chapelet d'îles, puisque cet atoll de l'océan indien, fort immergé sous le niveau de la mer, est constitué d'un ensemble d'îles formant un anneau marin imparfait. Si de nos jours l’île Ouest est équipée d'un aérodrome, seule la navigation permit d'aborder l'archipel pendant des siècles. Initialement découverte par les expéditions de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, l'archipel fut colonisé par les Britanniques notamment au cours du XIXème siècle. Désormais propriété du gouvernement australien, l'archipel accueille une population mixte de culture malaise et européenne. Pour Darwin, le séjour entre le 1er et le 12 avril 1836 fut propice à ses travaux de géologie et de dynamique de la surface terrestre. Ce récif de corail, peu élevé, présente un lagon propice au mouillage pour le Beagle . Une f...

[1836] Escale au Détroit du Roi-George

Image
Le 6 mars 1836, le HMS Beagle fait escale dans le port intérieur du détroit du Roi-George, en Australie occidentale. Situé à la pointe sud-ouest de l'île-continent, le mouillage offre le panorama d'une plaine boisée surmontée de collines granitiques. Une fois à terre, Darwin s'attarde sur la botanique des lieux. Le Pin casuarina ( Casuarina cunninghamiana ) remplace l'emblématique eucalyptus. Une plante vivace, appartenant au genre Xanthorrhoea sp ., frappe l'attention de notre jeune naturaliste. Cette plante à fleurs monocotylédone originaire d'Australie présente un tronc on pas, selon les espèces. Il semble que Darwin décrit une espèce à tronc, qu'il compare grossièrement à un palmier arborant une touffe d'herbe grossière. La colonie anglaise du Détroit compte une trentaine de maisons blanchies à la chaux, dispersées le long de la plage. L'arrivée des colons est très récente, à peine trois ans. Les terres cultivées par ces éleveurs sont peu ferti...

[1836] Escale en Tasmanie

Image
Après une traversée de six jours, le HMS Beagle arrive le 5 février 1836 dans la Baie des Tempêtes en Tasmanie. La météo justifie ce nom épouvantable ! Tard dans la soirée, le brick-sloop mouille dans l'anse qui abrite Hobart, la capitale de l'île. La visite de la ville lui est agréable, et il ne peut s'empêcher de comparer le charme britannique de la colonie aux austères fortifications des anciennes colonies espagnoles d'Amérique du Sud. Dès le 7 février, Darwin entame une prospection géologique aux alentours. Il réalise notamment l'ascension du Mont Wellington : Baptisé par les Aborigènes sous les noms de Unghanyahletta , Pooranetere ou Kunanyi , ce massif culminant à 1271 mètres d'altitude doit son nom géographique actuel à l'hommage qui fut rendu au Duc de Wellington après la bataille de Waterloo. Sa constitution géologique est particulièrement intéressante pour qui souhaite découvrir la géologie de l'île, puisqu'il s'agit tout d'abord...

[1836] Darwin quitte Sidney

Image
Le 30 janvier 1836, le HMS Beagle quitte Sidney pour la Tasmanie. Darwin achève quelques jours plus tôt une randonnée dans l'arrière-pays, non sans une certaine déception. «  Dans l'ensemble, d'après ce que j'ai entendu plutôt que d'après ce que j'ai vu, l'état de la Société m'a déçu  » Charles Darwin, Journal de Bord . Qu'ils soient colons, soldats ou anciens bagnards, les Australiens composent une société partagée, ravagée entre désœuvrement culturel, jalousies entre ces castes sociales, et perdition morale. En ce début de XIXème siècle, l'Australie est une colonie prospère, mais violente. Les déportations massives de criminels ont permis un peuplement rapide et offrent une main d’œuvre ouvrière à moindre coût. Les vastes territoires confisqués aux Aborigènes offrent des terres agricoles à perte de vue, que les familles de colons s'empressent d'exploiter. Les élevages prospèrent, les villes grandissent, des fortunes se bâtissent. Mais...

[1836] Au pied des Montagnes Bleues, Darwin et l'ornithorynque

Image
Non, en ce 17 janvier 1836, Darwin n'est pas soudainement projeté sur la Terre du Milieu ! Il explore alors les reliefs de grès à environ 100 kilomètres à l'ouest de Sydney. Et pourtant, seules les forêts d'eucalyptus nous permettent de confirmer que notre jeune naturaliste n'est pas plongé dans l'univers de J.R.R. Tolkien, tant ses descriptions évoquerait une quête fantastique ! Même la petite auberge de Weatherboard évoque le relais de Bree ! Or donc, ces reliefs bleutés constitués de strates de grès blanchâtres se sont formées entre l'Ordovicien et le Dévonien. Puis, durant le Trias, se sont déposés les sables à l'origine des grès des hauts plateaux. L'activité magmatique a provoqué intrusions granitiques et coulées volcaniques, qui se révèlent aujourd'hui au regard du randonneur dans un paysage à couper le souffle. C'est du moins l'impression qu'en livre Darwin alors qu'il atteint les sommets du Blackheath. A noter que dès le XIX...

[1836] Arrivée en Australie

Image
Le 12 janvier 1836 au matin, le HMS Beagle arrive à Port-Jackson, le port naturel de la ville de Sydney en Australie. Darwin ne manque pas de décrire les belles demeures et le phare blanc visibles sur la côte. Et soyez convaincu d'une chose : notre jeune naturaliste est littéralement subjugué par la découverte de Sidney. «  Le soir, je parcourus la ville et revins plein d'admiration pour tout ce que j'avais vu. C'est un témoignage absolument magnifique de la puissance de la nation britannique […]. Mon premier sentiment a été de me féliciter d'être né anglais  » Charles Darwin, Journal de Bord . Ce récit laudatif d'un anglais en territoire anglais s'éternise durant de longs paragraphes ronflants, dont la retranscription serait superflue. Darwin, patriote des plus convaincus, n'hésite pas à comparer la colonie britannique aux anciennes colonies espagnoles d'Amérique du Sud : «  des décennies ont accompli mille fois plus que des siècles en Amérique d...