[1836] La beauté sauvage du lagon

Le 4 avril 1836, Darwin poursuit sa visite de l'atoll des îles Coco. Poissons, zoophytes, Crustacés, la nature lui offre le spectacle enthousiasmant « des quantités infinies d'êtres organiques dont regorgent les mers des Tropiques » Charles Darwin, Journal de Bord. Le 6 avril, excursion avec le Capitaine FitzRoy autour du lagon. Des hommes chassent la tortue à bord d'une pirogue. A l'extrémité de l'île accostée, l'océan déferle en brisants sur la côte sauvage du solide plateau de roche corallienne. « L'océan qui projette ses vagues par-dessus le large récif semble un ennemi tout-puissant et invincible, pourtant on voit bien qu'il est tenu en échec et même vaincu avec des moyens que l'on aurait estimés très faibles et totalement inefficaces ».

Darwin fait ici référence au récif de corail séparant l'océan du lagon, véritable barrière naturelle érigée par de minuscules organismes marins ! Cette merveille naturelle fascine notre jeune naturaliste. Il comprend, grâce aux sondages réalisés par l'expédition, que l'archipel doit son origine au sommet d'un volcan désormais englouti. Les polypes du corail, patients bâtisseurs, ont progressivement bâti cette muraille inorganique alors que « les fondations de l'île, dues à l'action volcanique, s'affaissent par degrés échelonnés ». Darwin ne manque pas d'immédiatement comparer les îles Coco aux atolls du Pacifique. « Si on s'imagine qu'une telle île s'affaisse de quelques pieds, après de longs intervalles successifs, d'une manière semblable au continent de l'Amérique du Sud, mais avec un mouvement opposé, le corail continuerait à se développer vers le haut depuis les fondations du récif encerclant. Au fil du temps, la terre qui est au centre s'enfoncerait au-dessous du niveau de la mer et disparaîtrait, mais le corail aurait achevé sa muraille circulaire ». Voici, rédigées dès 1836 dans son Journal de Bord, les bases d'une hypothèse majeure de la carrière de géologue de Charles Darwin, qu'il développa dans son ouvrage « The Structure and Distribution of Coral Reefs » (1842).

L'idée qu'un volcan isolé sur l'océan, « point chaud géologique » dispersé sur la carte du globe, puisse progressivement s'enfoncer sous son propre poids et favoriser la croissance verticale d'une barrière de corail demeurera pendant un siècle et demi l'hypothèse la plus solide quant à la formation des atolls coralliens. Désormais, les fluctuations du niveau des océans en raison des changements paléoclimatiques expliquent beaucoup mieux ces édifications complexes. Il n'en demeure que notre jeune naturaliste, fin observateur, démontre une fois de plus sa capacité à envisager une dynamique de la croûte terrestre innovante au cours de son célèbre Voyage.




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