[1836] Arrivée dans les îles Coco

Le 1er avril 1836, point de mauvaise blague à bord du HMS Beagle qui arrive en vue des côtes méridionales de l'île Keeling. Il faut parler de chapelet d'îles, puisque cet atoll de l'océan indien, fort immergé sous le niveau de la mer, est constitué d'un ensemble d'îles formant un anneau marin imparfait. Si de nos jours l’île Ouest est équipée d'un aérodrome, seule la navigation permit d'aborder l'archipel pendant des siècles.

Initialement découverte par les expéditions de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, l'archipel fut colonisé par les Britanniques notamment au cours du XIXème siècle. Désormais propriété du gouvernement australien, l'archipel accueille une population mixte de culture malaise et européenne. Pour Darwin, le séjour entre le 1er et le 12 avril 1836 fut propice à ses travaux de géologie et de dynamique de la surface terrestre. Ce récif de corail, peu élevé, présente un lagon propice au mouillage pour le Beagle. Une fois les manœuvres achevées, les voilà à l'abri de la houle se brisant sur les côtes extérieures de l'atoll. A leur arrivée dans le chenal de navigation, un résident anglais, M. Liesk, vient à leur rencontre. Il apprend grâce à lui le sombre passé colonialiste de cette île, que les anglais avaient consacré à l'esclavage des malais. Darwin, abolitionniste convaincu, se réjouit de l'échec de l'entreprise et de la liberté retrouvée des Malais. Hélas, la situation n'est guère réjouissante. Déclarés affranchis, les colons britanniques considèrent toujours cette main d’œuvre comme servile, et les tensions sociales sont fréquentes.

On exporte de l'atoll un seul produit à valeur commerciale : l'huile de noix de coco. Ces chargements sont troqués à Singapour avec du riz et diverses marchandises courantes. Darwin se concentre comme à son habitude sur la faune et la géologie. Le 2 avril 1836, il débarque à terre. La nature du sable, constitué de fragments de coraux, attire son attention. Bécassines et Râles s'envolent à son approche. Crabes et Bernards-l’hermite retiennent son attention. Les palmiers sont occupés par une multitude de Fous, de Frégates et de Sternes. « Mais quel contraste avec une colonie d'oiseaux dans les bois d'Angleterre à la sortie des bourgeons ! » Charles Darwin, Journal de Bord.

Le 3 avril 1836, après l'office, Darwin accompagne le Capitaine FitzRoy jusqu'à la Colonie britannique. La modeste bourgade accueille les maisons européennes et malaises. Darwin s'intéresse de près à l’ethnologie de ce peuple autochtone de la côte est de l'île indonésienne de Sumatra. Il décrit dans son Journal de Bord les habitants, leurs coutumes observées, juge de la qualité artistique des danses, et manque de peu d'entreprendre une étude plus approfondie du sujet. Il est toujours aussi étonnant de constater à quel point, encore une fois, Darwin passa à côté de brillants travaux d'anthropologie sociale. Mais comme nous le verrons prochainement, les îles Keeling vont cependant marquer une étape majeure de ses travaux géologiques.




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