Articles

[1835] Randonnée à cheval sur la côte Ouest de Chiloé (2/2)

Image
Poursuivons le récit de cette expédition à cheval de Darwin et King. Le 23 janvier 1835, «  Nous partîmes tôt le matin et atteignîmes la jolie ville tranquille de Castro à 2 heures  » Charles Darwin, Journal de Bord . Nous apprenons que le gouverneur de l'île est mort (cause naturelle ?), et que nos deux gentlemen ont une lettre de recommandation à l'attention de son successeur. Le Gouverneur Don Pedro, qui ne tire aucun salaire de son rang, vit dans une grande pauvreté. Mais pour autant, il n'est en rien corrompu et ne cherche nullement à abuser de son autorité pour palier à sa situation personnelle. Darwin le décrit comme un homme hospitalier et aimable, bien plus désintéressé et prévenant que la plupart des Chiliens d'après lui ( photo ci-contre : église jésuite en bois typique de l'île de Chiloé. Crédits : wikimedia ). Le 24 janvier, il leur fournit des chevaux frais pour poursuivre leur périple et leur offre de les accompagner. Près de Castro, ils admirent un...

[1835] Randonnée à cheval sur la côte Ouest de Chiloé (1/2)

Image
Le 22 janvier 1835, «  comme le Capitaine FitzRoy était désireux de faire quelques relevés le long de la côte extérieure de Chiloé, on a organisé une expédition  » Charles Darwin, Journal de Bord . Notre jeune naturaliste, accompagné de l'Aspirant King, iront à cheval jusqu'à Castro, et de là, gagneront Capilla de Cucao, sur la côte Ouest. Après avoir loué chevaux et guide, les deux aventuriers se mettent en selle ! Mais n'imaginez pas de grande chevauchée épique, en réalité les deux jeunes gentlemen rejoignent une caravane de voyageurs, composée d'une femme et de deux garçons, qui effectuent le même voyage. L'ambiance est à la camaraderie, et chose remarquable pour l'époque, la route suffisamment sûre pour qu'ils ne s'arment pas. La route, comme déjà décrit par Darwin, est faite de rondins pour éviter de s'enfoncer dans la boue. Comme c'est l'été, le chemin reste praticable, alors que l'hiver, le bois est glissant et la route souvent i...

[1835] Retour à l'archipel de Chiloé

Image
Après une semaine passée dans le havre de Lowe, le HMS Beagle reprend la mer en direction de Chiloé. Rappelons que cette escale était aussi l'occasion de récupérer les marins de M. Stokes, qui avaient poursuivi en canot la cartographie des nombreuses îles de cette côte chilienne. Le 15 janvier, le brick-sloop est en route vers la pointe Sud-Ouest de Chiloé, qu'il atteint le lendemain. Puis il jette l'ancre sous Huafo. Manque de chance, le HMS Beagle perd sa grosse ancre de bossoir qui lâche durant ce mouillage ! Darwin est, quant à lui, bien plus chanceux puisqu'il parvient à récolter un bon nombre de coquillages fossiles. La côte est trouée de larges cavernes, qu'il ne peut hélas explorer minutieusement ! Peut-être aurait-il découvert les traces de quelques pirates de la côte Pacifique ; Chiloé étant réputée durant l'Empire Espagnol comme un repère de forbans et flibustiers. Plus surprenant encore, ces caves abritèrent fin XIXème siècle une « secte de sorci...

[1833] Les peintures corporelles des Fuégiens

Image
Durant ses séjours en Terre de Feu, Darwin s'intéressa aussi à l’ethnologie des peuples fuégiens. Certes, ses commentaires et prises de notes parfois maladroites peuvent sembler racistes pour les lecteurs contemporains. Mais ne perdons pas de vue que qu'au début du XIXème siècle, il est d'usage de classer les civilisations selon une échelle ascendante partant de l'état le plus sauvage jusqu'à la civilisation européenne. Malgré ce racisme civilisationnel, Darwin s'efforça tout comme le Capitaine FitzRoy de décrire avec la plus grande minutie les coutumes et modes de vie des amérindiens de la Terre de Feu. Au cours du mois de janvier 1833, dans ses Notes Zoologiques , il prend même le temps de se questionner plus en détails sur les peintures corporelles des Yaghans avec lesquels l'équipage du HMS Beagle est alors en contact. Le choix de ce carnet peut sembler étrange. Classer les peintures corporelles entre deux notes mycologiques et entomologiques apparaît...

[1835] La géologie de l'archipel Chonos

Image
Comme vous le savez certainement, chers lecteurs de ce blog, Darwin se consacra majoritairement à la géologie durant son Voyage autour du monde à bord du HMS Beagle . Les Notes Géologiques de Darwin, qui consignent l'intégralité de ses observations terrain ainsi que la descriptions des quelques 2000 échantillons rocheux récoltés durant son Voyage représentent un travail deux fois plus conséquent que pour ses Notes zoologiques et Notes botaniques ! Et lors de la cartographie de l'archipel de Chonos par le Beagle, Darwin ne chôma pas. Quelques années après son retour en Angleterre, il inclut même ses observations dans son compte-rendu détaillé de la géologie d'Amérique méridionale, «  Geological observations on South America  » (1846). ( image ci-contre : marteau de géologue ayant appartenu à C. Darwin durant son Voyage).  Que nous révèle-t-il de la géologie de cet archipel chilien dans cet ouvrage ? Beaucoup d'informations, à vrai dire, même si les roches de Chon...

[1835] Ornithologie à l'archipel Chonos

Image
Durant la cartographie de l'archipel Chonos par le HMS Beagle , Darwin ne chôma pas. Il accumula les prélèvements géologiques et zoologiques, les notes de terrain et divers commentaires sur la formation de ces milieux patagons exceptionnels. L'ornithologie n'échappa pas à cet inventaire en règle, comme en témoignent ses Notes zoologiques de janvier 1835. Les épaisses forêts des îles de l'archipel contiennent assez peu d'oiseaux. Les cris étranges de deux Rhinocryptidés, le Tourco huet-huet ( Pteroptochos tarnii ) et le Tourco rougegorge ( Pteroptochos rubecula ), résonnent entre les troncs humides. Le Tourco huet-huet de ces passereaux pousse un cri rappelant les jappements d'un petits chien. Très commun à Chiloé et Chonos, les natifs le surnomment le « Guid-Guid ». Encore aujourd'hui, c'est un oiseau très répandu. Cet oiseau forestier fut décrit pour la première fois par le Capitaine Phillip Parker King, commandant de la Première Expédition du HMS Beag...

[1835] A la rencontre de la Loutre marine

Image
En janvier 1835 dans l'archipel Chonos, Darwin capture et naturalise un spécimen de loutre qu'il décrit alors comme très commune sur ces côtes. L'individu fut ensuite décrit comme la Loutre du Chili ( Lutra chilensis ) par George Robert Waterhouse ( Zoologie du voyage du H.M.S. Beagle (1839), 2:22-4). Si les fameuses loutres marines ou d'Amazonie des documentaires du Commandant Cousteau ont marqué l'image que je me fais de ces Mustélidés américains, cette anecdote du Voyage de Darwin est l'occasion de déconstruire quelque peu mes croyances sur les loutres américaines. Car nous sommes ici en présence d'une belle énigme de systématique, dont les contours émergent un peu plus clairement depuis seulement une vingtaine d'années ! Lontra felina , gravure de Jacques Christophe Werner (1848) Non, ne croyez pas que notre bonne vieille Loutre d'Europe ( Lutra lutra ) soit le seule représentante de son genre ! Rien que pour ce taxon, elle compte 10 cousines d...

[1835] La baleine échouée

Image
Le 6 janvier 1835, le mauvais temps se calme et le Capitaine FitzRoy peut poursuivre ses relevés cartographiques dans l'archipel de Chonos. Dans l'après-midi, alors que le navire met en panne, le Capitaine et quelques membres d'équipage partent explorer quelques havres dans son canot personnel . Darwin les accompagne. Ils découvrent le cadavre imposant d'une baleine, dans un état de décomposition partiel. Le spectacle n'est guère agréable à première vue, mais notre jeune naturaliste ne manque pas de décrire quelques espèces tirant profit du festin macabre. Baleine échouée, gravure de 1880. Un cadavre échoué de baleine est un véritable micro-écosystème à lui tout seul. Le corps en putréfaction du Cétacé représente le biotope foisonnant de matière organique. Tandis qu'une biocénose variée s'évertue à l'exploiter. Les carcasses de baleines arrivent rarement intactes sur les plages. Alors qu'elles dérivent à la surface de la mer, elles sont grignotées pa...

[1835] Sur les traces du Anna Pink de l'escadre Anson

Image
Le début d'année 1835 n'est guère de tout repos pour l'équipage du HMS Beagle , qui doit faire face au mauvais temps de Patagonie chilienne ! Le fort vent de Nord-Ouest et la pluie battante n'incitent l'équipage qu'à achever au plus vite la cartographie de l'archipel Chonos, pour enfin faire voile vers des latitudes plus clémentes ! Le coup de tabac force le Capitaine FitzRoy à abriter le brick-sloop dans une petite crique, paradoxalement fort connue des marins britanniques depuis près d'un siècle. Et pour cause, l'abri figure dans la légende de l'expédition du Commodore Anson . «  Nous avons réussi seulement à traverser une sorte de grande baie et à mouiller dans un havre excellent. C'est là que l' Anna Pink , l'un des navires de l'escadre de Lord Anson, avait trouvé refuge au cours des événements désastreux qui l'avaient accablé  ». Ainsi Charles Darwin renseigne-t-il la position du Beagle en cette journée du 4 janvier 183...

[1834] Fin de l'année au Nord de l'archipel de Chonos

Image
Suivant la côte vers le Nord, le HMS Beagle atteint l'île de Yuche au-dessus de la presqu'île de Tres-Montes. Le 29 décembre 1834, le brick-sloop mouille devant l'île. Et le lendemain, Darwin participe à une expédition à terre. L'île est peuplée de chèvres, certainement laissées là par une ancienne mission espagnole. La pratique était autrefois courante, car elle permettait de laisser prospérer une population caprine pour fournir de la viande fraîche aux navires de passage. Ce dont l'équipage ne manque pas de profiter en tirant deux chèvres ! Notons brièvement qu'il ne s'agit nullement des chèvres insulaires que relatait Dampier dans ses récits de voyage, et que cite indirectement Malthus dans son '' Essai sur le Principe de Population ''. Le récit de l'expédition Anson rapporte qu'au large du Chili sur l'île de Juan Fernandez, il existait une concurrence sévère entre les chèvres et les chiens relâchés sur l'île. Les chèvre...

[1834] Les naufragés de Chonos

Image
Le 28 décembre 1834, la météo permet enfin au HMS Beagle de quitter son mouillage. Les derniers jours de Noël n'ont point été aussi joyeux que l'année précédente . La veille s'est révélée riche de rebondissements, comme nous allons le voir ensemble. Après avoir relevé les côtes sur près de 40 milles, le Beagle rejoint prudemment l'excellent havre de Christmas Cove, où ils ont passé Noël. Une fois l'ancre jetée, l'équipage aperçoit un homme agitant sa chemise. Le Capitaine ordonne de mettre à l'eau une embarcation, qui revient avec deux pauvres malheureux. Il s'agit de deux marins nord-américains, qui à cause de mauvais traitements, s'étaient enfuis de leur navire en pleine mer et avaient rallié par leurs propres moyens les côtes situées à près de 130 kilomètres ! Le petit groupe comprenait alors cinq hommes : cinq marins et l'officier de quart qui avait profité du quart de minuit pour mettre discrètement à l'eau une embarcation du navire,...

La formation de la terre végétale par l'action des vers

Image
Dernier livre paru de Darwin peu de temps avant son décès, " La formation de la terre végétale par l'action des vers " (1881) figure aujourd'hui parmi ses ouvrages les moins connus. Et pourtant, nous lui devons un adage populaire fort bien connu : le ver de terre est le meilleur ami du jardinier ! Ce livre tardif, qui connut un succès éditorial inattendu en cette fin de XIXème siècle, réhabilitait les vers de terre, animaux jusqu'alors considérés comme nuisibles par les jardiniers et les agriculteurs. Plus surprenant encore, ce petit ouvrage d'une lecture plaisante se voulait transdisciplinaire, alliant autour de la cause pour les lombrics diverses disciplines comme la zoologie, l'éthologie, l'agronomie, les sciences du sol, mais encore l'écologie et même l'archéologie ! Comment Darwin eut l'idée de publier un ouvrage tardif sur les lombrics ? En réalité, le sujet l'accompagnait dans ses réflexions depuis près d'un demi-siècle. Alor...

[1834] Trouver un havre de paix pour Noël

Image
Naviguer en mer pour un navire d'exploration n'est pas une croisière d'agrément ! Il faut régulièrement trouver des zones de mouillage sûres et espérer qu'aucune avarie ne viendra perturber votre navigation. Le Capitaine FitzRoy, en marin averti, sait comment rallier ses destinations dans les meilleures conditions possibles. Et le Journal de Bord du jeune Charles Darwin témoigne de l'expérience du commandant de l'expédition. «  Découvert un havre qui pourrait être d'une grande utilité pour un navire en détresse sur cette côte inconnue et dangereuse  » écrit Darwin le 21 décembre 1834. Cabo Tres Montes dans l'Archipel Chonos se révèle ainsi un lieu de mouillage idéal, depuis lequel le Beagle s'accorde quelques jours de repos. Darwin en profite le lendemain pour arpenter la colline surplombant le cap depuis ses 487 mètres d'altitude. La pente est raide, et il doit se servir des branchages pour assurer ses pas ! Comme toujours, Darwin éprouve un...