[1836] Le retour en Angleterre
Ha, l'Angleterre ! Voilà donc enfin le dernier trajet retour du HMS Beagle ! Le 29 septembre, le brick-sloop vogue dans le Golfe de Gascogne. Au 1er octobre, il vogue en mer d'Iroise. Le 2 octobre, c'est enfin l'arrivée à Falmouth, en Cornouailles. Enfin, le navire cabote jusqu'à Plymouth, son port d'attache, qu'il atteint le 4 octobre 1836. Pour Darwin, le Voyage s'achève à Falmouth ; le soir-même du 2 octobre, il rentre par malle-poste jusqu'à Shrewsbury, où il retrouve la résidence paternelle au bout de quelques jours de voyage. Une fois rentré, sa toute première tâche sera d'écrire une lettre de remerciement à son oncle, Josiah Wedgwood, l'investigateur familial de ce Voyage autour du Monde. C'en est fini de cette expédition de six années autour du globe. Il est temps, pour Darwin, de songer non sans une certaine mélancolie à l'aventure vécue, et de dresser un bilan à l'attention des aspirants naturalistes-voyageurs.
Le dernier chapitre de son Voyage d'un naturaliste autour du Monde s'achève par la reprise d'une longue réflexion de clôture de son Journal de Bord. Dans ces dernières pages, le naturaliste expose les avantages et inconvénients d'entreprendre une telle aventure. Indiscutablement, l'entreprise n'a d'intérêt à ses yeux que si elle répond à un besoin de formation de l'esprit, de curiosité scientifique et non d'occupation dilettante. A un jeune gentleman rêvant de suivre son exemple, Darwin pose la question de l'enrichissement intellectuel attendu. Car ce puissant objectif sera le seul à même, selon lui, de contrebalancer les désagréments et privations liées à un voyage aussi ambitieux. Mal de mer et inconforts notoires lui reviennent expressément à l'esprit. Même si son voyage se révéla beaucoup moins risque que ceux de Cook, référence absolue à ses yeux, tout candidat à l'aventure doit garder à l'esprit que voyager, c'est aussi renoncer au doux confort de gentleman. Mais pour autant, le voyage n'est pas, selon Darwin, qu'une accumulation de carnets de terrain et de mesures scientifiques. La poésie des paysages, le charme des étendues immenses, le mystère des territoires se révélant au-delà des cartes ; tout ceci suscite un vif engouement dans son jeune esprit.
Mais la plus grande rencontre de Darwin durant ce long Voyage demeure, tout simplement, la découverte de l'Humanité. Qu'il s'agisse de compatriotes anglais, de sociétés espagnoles et portugaises, d'indigènes et de civilisations lointaines, Darwin a rencontré l'Homme, a mesuré les changements radicaux que subissent les peuples en ce début de XIXème siècle, a été témoin de l'irréversible crépuscule des peuples primitifs. Un témoignage puissant, qui nourrira aussi sa réflexion intellectuelle jusque dans ses dernières années de vie. Au-delà de l'aventure scientifique, le Voyage de Darwin demeure une grande épopée humaniste.
![]() |
| Reconstitution de la "cabine" de Darwin, dans la dunette du HMS Beagle |

Commentaires
Enregistrer un commentaire